Variation dialectale dans la langue favorlang
Le favorlang était une langue austronésienne de Taïwan, ou formosane, qui est aujourd’hui éteinte. On pense qu’il s’agissait d’une forme ancienne du babuza, qui appartient au sous-groupe des plaines de l’ouest au sein des langues formosanes parlées dans la région centre-ouest de Taïwan. Au dix-septième siècle, pendant la période de colonisation hollandaise de Taïwan (1624–1662), des missionnaires hollandais entrèrent en contact avec le peuple favorlang et, avec l’aide d’informateurs autochtones, rédigèrent plusieurs textes dans leur langue en alphabet latin. L’un de ces textes était un lexique. Un des propos de cet article est d’analyser le manuscrit grâce auquel ce lexique a survécu, afin de répondre aux questions suivantes : quelle est la structure de ce texte ? Qui l’a écrit et quand ? Pourquoi a-t-il été écrit ? La plupart des entrées du lexique sont couchées dans un certain dialecte du favorlang, mais certaines entrées contiennent des variantes dialectales. La suite de l’article met à profit ces variantes et des sources historiques afin de dresser un tableau de la variation dialectale en favorlang. Cette partie commence par une analyse de la compréhension actuelle de la variation dialectale en favorlang, puis soumet des objections à cette compréhension, avant de fournir de cette variation un tableau qui, argumente-t-on, est plus vraisemblable. A titre de corroboration est fournie une table des variantes dialectales du lexique, comprenant une comparaison avec des mots d’autres langues formosanes, ainsi qu’une analyse linguistique plus poussée de ces variantes. En bref, cet article analyse le seul lexique du favorlang qui ait survécu, et fournit une étude de cas où l’on montre comment l’emploi conjoint de sources historiques et de données linguistiques peut mettre en question des idées existantes et procurer de nouvelles perspectives sur la variation linguistique dans des langues éteintes.
Historique de la publication
Table des matières
Jusqu’à l’arrivée des Néerlandais en 1624, presque tous les habitants de Taïwan parlaient des langues austronésiennes. Une de ces langues était le favorlang, qui est aujourd’hui éteint. On pense qu’il s’agissait d’une forme antérieure du babuza, une langue parlée dans le centre-ouest de Taïwan, qui est aussi éteint (Li 2019: 2, 8). Au XVIIe siècle, pendant la période coloniale hollandaise à Taïwan (1624–1662), des missionnaires hollandais ont eu d’étroits contacts avec les Favorlang et ont écrit plusieurs textes dans leur langue en écriture latine. Deux ensembles de textes survivent : un lexique favorlang-néerlandais et un recueil de prières, textes doctrinaux et sermons. Le but de cet article est d’analyser la création et le contenu de ces textes, surtout le lexique, qui est l’un des premiers lexiques bilingues dans lesquels une langue est le néerlandais.