Traduction
Doublage versus sous-titrage: L’importance de la complexité [Dubbing vs. subtitling: Complexity matters]

Elisa Perego,12 Fabio Del Missier12 et Marta Stragà123
1University of Trieste | 2Stockholm University | 3Ca’ Foscari University of Venice

Traduction par Lisa Jacquemin et Maud Gonne
Étudiante Université de Namur | Université de Namur, FNRS

Résumé

En dépit de ce que l’on peut affirmer sur le caractère potentiellement perturbateur des sous-titres dans le traitement de la matière audiovisuelle, des preuves empiriques soutiennent l’idée que le traitement des sous-titres est quasiment automatique et cognitivement efficace et que, lors de la visualisation de scénarios modérément complexes, le doublage n’est pas nécessairement d’une grande aide pour le spectateur. Dans cet article nous voulons vérifier si la complexité des pièces audiovisuelles importe lors de la réception cognitive et évaluative de matériel sous-titré versus doublé. Dans cette optique, nous présentons les résultats de deux études portant sur la réception d’une traduction de film (doublage versus sous-titrage), dans laquelle nous étudions les conséquences cognitives et évaluatives de la complexité audiovisuelle. Dans l’étude 1, les résultats démontrent que la vision d’un film modérément complexe est efficacement traitée et appréciée indépendamment de la technique de traduction utilisée. Dans l’étude 2, le sous-titrage (versus doublage) d’un film plus complexe implique un traitement plus laborieux et une performance cognitive diminuée, qui ne réduit pas pour autant l’appréciation du film. Ces résultats révèlent les limites du sous-titrage, atteintes lorsque la pièce audiovisuelle traitée est complexe, et invitent les scientifiques et spécialistes à reconsidérer d’anciens standards ainsi qu’à s’investir dans l’élaboration de différents types de traductions audiovisuelles adaptés au degré de complexité du produit d’origine et de la diversité du public cible.

Mots-clefs :
Table des matières

1.Introduction

Cet article présente deux analyses empiriques de la réception cognitive (c.-à-d. qui concerne la compréhension et la mémoire) et évaluative de films proposés via deux méthodes de traduction audiovisuelles (TAV), à savoir le doublage et le sous-titrage. L’objectif central de ces études est de savoir si la complexité d’un film affecte sa réception quand il est présenté au moyen de différentes techniques de TAV. En particulier, nous voulons comprendre si le traitement, la compréhension et la mémoire de l’information cinématographique ainsi que l’appréciation du film diffèrent lorsque différentes méthodes de TAV sont utilisées pour des films dont la complexité varie considérablement.

Comme nous allons le voir dans la prochaine partie, il est important d’aborder la question de la complexité d’un film pour étudier la réception de la TAV dans la traduction et les domaines associés aussi bien pour des raisons théoriques que pratiques (Drew et Grimes 1987Drew, Dan G., and Thomas Grimes 1987 “Audio-Visual Redundancy and TV News Recall.” Communication Research 14 (4): 452–461.Google Scholar ; Lang 1995Lang, Annie 1995 “Defining Audio/Video Redundancy from a Limited-Capacity Information Processing Perspective.” Communication Research 22 (1): 86–115.Google Scholar, 2000 2000 “The Limited Capacity Model of Mediated Message Processing.” Journal of Communication 50 (1): 46–70.Google Scholar ; Lang et al. 2013Lang, Annie, Satoko Kurita, Ya Gao, and Bridget Rubenking 2013 “Measuring Television Message Complexity as Available Processing Resources: Dimensions of Information and Cognitive Load.” Media Psychology 16 (2): 129–153.Google Scholar ; Perego, Del Missier et Bottiroli 2015Perego, Elisa, Fabio Del Missier, and Sara Bottiroli 2015 “Dubbing and Subtitling in Young and Older Adults: Cognitive and Evaluative Aspects.” Perspectives: Studies in Translatology 23 (1): 1–21.Google Scholar). Dans cet article, nous commencerons par fournir le contexte théorique et empirique de notre étude et par introduire la question centrale de la complexité filmique liée à la réception de la TAV ; ensuite nous décrirons des hypothèses testées dans deux études empiriques. Par après, nous présenterons la première étude, appliquée à un film modérément complexe, et la seconde étude, qui concerne un film plus complexe. Enfin, nous commenterons les résultats de l’expérience ainsi que leurs implications et nous identifierons les limites de l’enquête en vue d’orienter de futures recherches.

1.1Contexte et motifs de l’étude

Dans les pays non anglophones, le doublage et le sous-titrage sont les méthodes les plus répandues pour traduire les produits audiovisuels importés et ainsi les rendre disponibles au public local. Les choix et attitudes concernant l’emploi de ces techniques varient considérablement. Dans certains pays, la méthode qui domine est le doublage ; dans d’autres, le sous-titrage l’emporte. On trouve également des pays où le doublage et le sous-titrage coexistent (en Suisse par exemple) ou qui utilisent des méthodes de traduction moins communes (comme la narration en voix-off). En revanche, dans les pays anglo-saxons, la retransmission est principalement produite, importée et réalisée en anglais et nécessite peu de traduction à des fins de distribution (Chaume 2013Chaume, Frederic 2013 “The Turn of Audiovisual Translation. New Audiences and New Technologies.” Translation Spaces 2: 105–123.Google Scholar ; Chiaro 2009Chiaro, Delia 2009 “Issues in Audiovisual Translation.” In The Routledge Companion to Translation Studies, edited by Jeremy Munday, 141–165. London: Routledge.Google Scholar ; Kilborn 1993Kilborn, Richard 1993 “ ‘Speak My Language’. Current Attitudes to Television Subtitling and Dubbing.” Media, Culture and Society 15 (4): 641–660.Google Scholar). Dans ces contextes variés, le choix de la méthode de traduction était, à l’origine, dictée par des motifs complexes d’ordres politique, géographique, économique et culturel. Néanmoins, au fur et à mesure, le public s’est habitué à la méthode disponible et est devenu réfractaire au changement (Danan 1991Danan, Martine 1991 “Dubbing as an Expression of Nationalism.” Meta 36 (4): 606–614.Google Scholar ; MCG 2007MCG (Media Consulting Group) 2007Study on Dubbing and Subtitling Needs and Practices in the European Audiovisual Industry. Final report. European Commission, Directorate-General Education and Culture.Google Scholar, 2011 2011Study on the Use of Subtitling. The Potential of Subtitling to Encourage Foreign Language Learning and Improve the Mastery of Foreign Languages. Final report. European Commission, Directorate-General Education and Culture.Google Scholar).

Présenter le même film via différentes méthodes de TAV pourrait forcer les utilisateurs à varier les moyens de traitement selon qu’il s’agisse de dialogues traduits iso sémiotiquement (c’est-à-dire une parole remplacée par une parole, comme dans le doublage et l’interprétation) ou dia sémiotiquement (c’est-à-dire une parole représentée par un écrit, comme dans le sous-titrage) (Gottlieb 2004 2004 “Language-Political Implications of Subtitling.” In Topics in Audiovisual Translation, edited by Pilar Orero, 83–100. Amsterdam: John Benjamins.Google Scholar, 86). Décider qu’une méthode est meilleure, plus facile ou plus agréable qu’une autre requiert une analyse précise de toute une panoplie d’aspects qui tient compte des preuves empiriques acquises grâce aux études comportementales (Koolstra, Peeters et Spinhof 2002Koolstra, Cees M., Allerd L. Peeters, and Herman Spinhof 2002 “The Pros and Cons of Dubbing and Subtitling.” European Journal of Communication 17 (3): 325–354.Google Scholar). Malheureusement, les mérites et les limites des différentes méthodes de TAV – et plus particulièrement du doublage et du sous-titrage – ont principalement été identifiés sur base spéculative (par exemple Cary 1960Cary, Edmond 1960 “La traduction totale.” Babel 6 (3): 110–115.Google Scholar ; Reid 1978Reid, Helene 1978 “Subtitling: The Intelligent Solution.” In Translating, a Profession, edited by Paul A. Horguelin, 420–428. Paris: FIT.Google Scholar), jusqu’à ce que la documentation empirique récente permette d’élargir notre compréhension de ce problème complexe (par exemple, Hinkin, Harris et Miranda 2014Hinkin, Michael P., Richard J. Harris, and Andrew T. Miranda 2014 “Verbal Redundancy Aids Memory for Filmed Entertainment Dialogue.” The Journal of Psychology 148 (2): 161–176.Google Scholar ; Kruger, Hefer et Matthew 2014Kruger, Jan-Louis, Esté Hefer, and Gordon Matthew 2014 “Attention Distribution and Cognitive Load in a Subtitled Academic Lecture: L1 vs. L2.” Journal of Eye Movement Research 7 (5): 1–15.Google Scholar ; Orrego-Carmona 2015Orrego-Carmona, D. 2015The Reception of (Non)Professional Subtitling. PhD diss. Universitat Rovira i Virgili, Tarragona.Google Scholar ; Perego, Del Missier et Bottiroli 2015Perego, Elisa, Fabio Del Missier, and Sara Bottiroli 2015 “Dubbing and Subtitling in Young and Older Adults: Cognitive and Evaluative Aspects.” Perspectives: Studies in Translatology 23 (1): 1–21.Google Scholar ; Winke, Gass et Sydorenko 2013Winke, Paula, Susan Gass, and Tetyana Sydorenko 2013 “Factors Influencing the Use of Captions by Foreign Language Learners: An Eye-Tracking Study.” The Modern Language Journal 97 (1): 254–275.Google Scholar; Wissmath et Weibel 2009; Wissmath, Weibel et Groner 2009Wissmath, Bartholomäus, David Weibel, and Rudolf Groner 2009 “Dubbing or Subtitling? Effects on Spatial Presence, Transportation, Flow, and Enjoyment.” Journal of Media Psychology 21 (3): 114–125.Google Scholar, 2012).

Nombreux sont ceux qui ont affirmé que le traitement de produits sous-titrés requérait plus d’attention ainsi qu’un effort cognitif plus important que pour des produits doublés (par exemple, Díaz Cintas 2001Díaz Cintas, Jorge 2001La traducción audiovisual: El subtitulado. Salamanca: Ediciones Almar.Google Scholar ; Gottlieb 1994Gottlieb, Henrik 1994 “Subtitling: People Translating People.” In Teaching Translation and Interpreting 2: Insights, Aims, Visions, edited by Cay Dollerup and Anne Lindegaard, 261–274. Amsterdam: John Benjamins.Google Scholar ; Koolstra et al. 2002Koolstra, Cees M., Allerd L. Peeters, and Herman Spinhof 2002 “The Pros and Cons of Dubbing and Subtitling.” European Journal of Communication 17 (3): 325–354.Google Scholar ; Marleau 1982Marleau, Lucien 1982 “Les sous-titres … un mal nécessaire.” Meta 27 (3): 271–285.Google Scholar). Aucune preuve empirique convaincante n’a pu soutenir de telles affirmations. Au contraire, les études empiriques existantes ont démontré que le visionnage de matériel audiovisuel sous-titré – dans des conditions standards – ne requérait pas tant d’efforts et était très efficace. D’Ydewalle et son équipe, en particulier, ont démontré que lorsque des informations simples et répétitives étaient présentées à la télévision à un rythme standard, la lecture des sous-titres d’un film ne demandait pas trop d’effort au téléspectateur, cette lecture s’avérant semi-automatique (d’Ydewalle et De Bruycker 2007d’Ydewalle, Géry, and Wim De Bruycker 2007 “Eye Movements of Children and Adults while Reading Television Subtitles.” European Psychologist 12: 196–205.Google Scholar ; d’Ydewalle, Van Rensbergen et Pollet 1987d’Ydewalle, Géry, Johan Van Rensbergen, and Joris Pollet 1987 “Reading a Message when the Same Message is Available Auditorily in Another Language: The Case of Subtitling.” In Eye Movements: From Psychology to Cognition, edited by J. Kevin O’Regan and Ariane Lévy-Schoen, 313–321. Amsterdam: Elsevier Science.Google Scholar). Ceci semble être vrai quel que soit l’âge (dans les populations d’adulte), le sexe (d’Ydewalle et Van Rensbregen 1989d’Ydewalle, Géry, and Johan Van Rensbergen 1989 “Developmental Studies of Text-Picture Interactions in the Perception of Animated Cartoons with Text.” In Knowledge Acquisition from Text and Pictures, edited by Heinz Mandl and Joel R. Levin, 233–248. Amsterdam: Elsevier Science.Google Scholar) et la familiarité avec la méthode de traduction (d’Ydewalle et Gielen 1992d’Ydewalle, Géry, and Ingrid Gielen 1992 “Attention Allocation with Overlapping Sound, Image, and Text.” In Eye Movements and Visual Cognition: Scene Perception and Reading, edited by Keith Rayner, 415–427. New York: Springer-Verlag.Google Scholar) même si un déclin général de la performance a récemment été constaté parmi les adultes plus âgés (Perego, Del Missier et Bottiroli 2015Perego, Elisa, Fabio Del Missier, and Sara Bottiroli 2015 “Dubbing and Subtitling in Young and Older Adults: Cognitive and Evaluative Aspects.” Perspectives: Studies in Translatology 23 (1): 1–21.Google Scholar). De plus, grâce à sa forme écrite, le sous-titrage semble être avantageux lorsque des aspects plus lexicaux du traitement de texte sont en jeu (d’Ydewalle et De Bruycker 2007d’Ydewalle, Géry, and Wim De Bruycker 2007 “Eye Movements of Children and Adults while Reading Television Subtitles.” European Psychologist 12: 196–205.Google Scholar ; Hinkin, Harris et Miranda 2014Hinkin, Michael P., Richard J. Harris, and Andrew T. Miranda 2014 “Verbal Redundancy Aids Memory for Filmed Entertainment Dialogue.” The Journal of Psychology 148 (2): 161–176.Google Scholar ; Perego et al. 2010Perego, Elisa, Fabio Del Missier, Marco Porta, and Mauro Mosconi 2010 “The Cognitive Effectiveness of Subtitle Processing.” Media Psychology 13 (3): 243–272.Google Scholar ; Perego, Del Missier et Bottiroli 2015Perego, Elisa, Fabio Del Missier, and Sara Bottiroli 2015 “Dubbing and Subtitling in Young and Older Adults: Cognitive and Evaluative Aspects.” Perspectives: Studies in Translatology 23 (1): 1–21.Google Scholar).11.Dans ces travaux, lorsque les deux méthodes de TAV étaient comparées, certains mots ou expressions spécifiques étaient toujours correctement mémorisés dans les sous-titres, bien mieux que les mêmes mots et expressions contenus dans le doublage. Ceci explique pourquoi le sous-titrage de film apporte des avantages considérables en matière de développement de l’alphabétisation, d’apprentissage et d’acquisition d’une langue (Ghia 2012Ghia, Elisa 2012Subtitling Matters. New Perspectives on Subtitling and Foreign Language Learning. Oxford: Peter Lang.Google Scholar ; Kothari et Bandyopadhyay 2014Kothari, Brij, and Tathagata Bandyopadhyay 2014 “Same Language Subtitling of Bollywood Film Songs on TV: Effects on Literacy.” Information Technologies & International Development 10 (4): 31–47.Google Scholar ; Van de Poel et d’Ydewalle 2001Van de Poel, Marijke, and Géry d’Ydewalle 2001 “Incidental Foreign-Language Acquisition by Children Watching Subtitled Television Programs.” In (Multi)Media Translation. Concepts, Practices, and Research, edited by Yves Gambier and Henrik Gottlieb, 259–273. Amsterdam: John Benjamins.Google Scholar ; Vanderplank 2010Vanderplank, Robert 2010 “Déjà vu? A Decade of Research on Language Laboratories, Television and Video in Language Learning.” Language Teaching 43 (1): 1–37.Google Scholar ; Van Lommel, Laenen et d’Ydewalle 2006Van Lommel, Sven, Annouschka Laenen, and Géry d’Ydewalle 2006 “Foreign-Grammar Acquisition while Watching Subtitled Television Programmes.” British Journal of Educational Psychology 76 (2): 243–258.Google Scholar). Par ailleurs et bien que les études empiriques comparant spécifiquement les conséquences évaluatives du doublage et du sous-titrage restent rares, celles qui existent démontrent que les différences potentielles entre les effets des évaluations du doublage et du sous-titrage ont probablement été exagérées : le doublage ne semble pas offrir d’avantages par rapport au sous-titrage, du moins en terme d’appréciation (Perego, Del Missier et Bottiroli 2015Perego, Elisa, Fabio Del Missier, and Sara Bottiroli 2015 “Dubbing and Subtitling in Young and Older Adults: Cognitive and Evaluative Aspects.” Perspectives: Studies in Translatology 23 (1): 1–21.Google Scholar ; Wissmath, Weibel et Groner 2009Wissmath, Bartholomäus, David Weibel, and Rudolf Groner 2009 “Dubbing or Subtitling? Effects on Spatial Presence, Transportation, Flow, and Enjoyment.” Journal of Media Psychology 21 (3): 114–125.Google Scholar ; Wissmath et Weibel 2012Wissmath, Bartholomäus, and David Weibel 2012 “Translating Movies and the Sensation of ‘Being There’.” In Eye Tracking in Audiovisual Translation, edited by Elisa Perego, 277–293. Roma: Aracne.Google Scholar).

Toutefois, les études empiriques existantes souffrent d’une limite essentielle : le rôle de la complexité du matériel TAV a été délaissé. Bien qu’il soit ardu de refléter la complexité de l’AV, cette question a une importance théorique et pratique notable et jette de sérieux doutes sur le caractère général des études existantes. En effet, tout le monde sait que les caractéristiques structurelles des messages TV peuvent avoir un fort impact sur les utilisateurs : les stratégies de traitement appliquées à l’information audiovisuelle ainsi qu’à leurs résultats peuvent dépendre du type de matériel (Lang et al. 2000Lang, Annie, Shuhua Zhou, Nancy Schwartz, Paul Bolls, and Robert F. Potter 2000 “The Effects of Edits on Arousal, Attention, and Memory for Television Messages: When an Edit is an Edit Can an Edit be Too Much?Journal of Broadcasting & Electronic Media 44 (1): 94–109.Google Scholar), de sa redondance et de son importance relative (Grimes 1991Grimes, Tom 1991 “Mild Auditory-Visual Dissonance in Television News May Exceed Viewer Attentional Capacity.” Human Communication Research 18 (2): 268–298.Google Scholar ; Lang 1995Lang, Annie 1995 “Defining Audio/Video Redundancy from a Limited-Capacity Information Processing Perspective.” Communication Research 22 (1): 86–115.Google Scholar, 2000 2000 “The Limited Capacity Model of Mediated Message Processing.” Journal of Communication 50 (1): 46–70.Google Scholar). Il est donc raisonnable de supposer que les traitements liés à la TAV peuvent être affectés par la complexité de la matière présentée. En particulier, le traitement d’un produit TAV très complexe peut être entravé ou ralenti par la nécessité, d’une part, de l’imbrication de la lecture des sous-titres et de l’encodage des scènes visuelles et, d’autre part, de l’intégration d’informations complexes provenant de trois sources (y compris la bande son) lors du processus de compréhension. Tous ces éléments pourraient influencer le traitement et la réception au plan cognitif des sous-titres de même que le traitement visuel, l’effort subjectif et le plaisir global du téléspectateur. Inversement, lorsque le produit de TAV est plus simple, l’encodage et le processus d’intégration demandent peu d’efforts et sont efficacement réalisés.

Les études empiriques sur le traitement de la TAV semblent avoir toutes utilisé un matériel modérément complexe, représentatif des propriétés typiques de films ordinaires. Par conséquent, la nature même des produits utilisés peut avoir empêché ces études de présenter un tableau complet et exhaustif de la réception TAV, du moins pour des individus qui ne sont pas des utilisateurs habituels de sous-titres. Perego, Del Missier et Bottiroli (2015Perego, Elisa, Fabio Del Missier, and Sara Bottiroli 2015 “Dubbing and Subtitling in Young and Older Adults: Cognitive and Evaluative Aspects.” Perspectives: Studies in Translatology 23 (1): 1–21.Google Scholar, 16) ont notamment indiqué que « les limites de l’efficacité cognitive du traitement des sous-titres pourraient n’apparaître que quand la redondance est très faible, quand le matériel est très complexe et potentiellement perturbant et que la cadence de transmission est plus rapide que la normale ». De ce fait, pour gérer les questions importantes de la réception de la TAV en relation avec sa complexité, nous avons réalisé deux études, décrites dans la section suivante. L’objectif principal de ces études était de répondre à la question suivante : les conséquences cognitives et évaluatives des différentes méthodes de TAV varient-elles en fonction de la complexité du matériel traduit et présenté ?

1.2Plan des études et hypothèses

Dans l’étude 1, nous avons utilisé un film modérément complexe afin de reproduire nos résultats précédents sur l’efficacité et la réception positive du traitement des sous-titres, en d’autres mots nous avons soulevé la question de la reproduction dans le domaine de la recherche comportementale (Klein et al. 2014Klein, Richard A., et al. 2014 “Investigating Variation in Replicability: A ‘Many Labs’ Replication Project.” Social Psychology 45 (3): 142–152.Google Scholar ; Pashler et Wagenmakers 2012Pashler, Harold, and Eric-Jan Wagenmakers 2012 “Editors’ Introduction to the Special Section on Replicability in Psychological Science: A Crisis of Confidence?Perspectives on Psychological Science 7 (6): 528–530.Google Scholar). Dans l’étude 2, nous nous sommes servis d’un film plus complexe afin d’exposer les limites du traitement des sous-titres et d’examiner la réception de TAV sous ces conditions, réalisant ainsi notre objectif principal en dépassant les limites de notre recherche précédente.

Dans l’étude 1 nous espérions reproduire nos découvertes précédentes issues de l’étude d’un film modérément complexe (Perego, Del Missier et Bottiroli 2015Perego, Elisa, Fabio Del Missier, and Sara Bottiroli 2015 “Dubbing and Subtitling in Young and Older Adults: Cognitive and Evaluative Aspects.” Perspectives: Studies in Translatology 23 (1): 1–21.Google Scholar). Dans cette étude, nous n’avons observé aucun désavantage en termes de mémoire ou de degré de compréhension des sous-titres (versus doublage) ou d’évaluation (par exemple l’appréciation) mais nous avons cependant constaté des avantages basés sur les aspects lexicaux de la prestation (comme la reconnaissance de dialogue ; voir la section Méthode du présent article pour plus d’informations). Dans l’étude 2, nous avons avancé l’hypothèse de la complexité du sous-titrage, impliquant que sous-titrer (versus doubler) du matériel audiovisuel hautement complexe peut mener à une réception cognitive moins efficace, une expérience moins agréable pour nos téléspectateurs italiens qui ne sont pas vraiment habitués au sous-titrage.

Étant donné l’absence d’une théorie complète et opérationnelle sur la complexité d’un film, nous avons opté pour une approche interdisciplinaire pour l’évaluation de la complexité – méthode qui pourrait être développée et affinée dans des études futures – et nous nous sommes appuyés sur des recherches théoriques et empiriques dans le domaine. Dans nos analyses, nous avons donc mis en œuvre cette structure en tenant compte de trois dimensions majeures de la complexité (structurelle-informative, linguistique et narrative) et en nous concentrant sur des recherches et documentations dans les domaines de la communication médiatique (Lang et al. 1993Lang, Annie, Seth Geiger, Melody Strickwerda, and Janine Sumner 1993 “The Effects of Related and Unrelated Cuts on Television Viewers’ Attention, Processing Capacity, and Memory.” Communication Research 20 (1): 4–29.Google Scholar, 2000Lang, Annie, Shuhua Zhou, Nancy Schwartz, Paul Bolls, and Robert F. Potter 2000 “The Effects of Edits on Arousal, Attention, and Memory for Television Messages: When an Edit is an Edit Can an Edit be Too Much?Journal of Broadcasting & Electronic Media 44 (1): 94–109.Google Scholar), du langage cinématographique (Pavesi 2005Pavesi, Maria 2005La traduzione cinematografica. Roma: Carocci.Google Scholar), de la complexité linguistique (Li 2000Li, Yili 2000 “Linguistic Characteristics of ESL Writing in Task-Based E-Mail Activities.” System 28 (2): 229–245.Google Scholar ; Szmrecsányi 2004Szmrecsányi, Benedikt M. 2004 “On Operationalizing Syntactic Complexity.” In Le poids des mots. Proceedings of the 7th International Conference on Textual Data Statistical Analysis, edited by Gérard Purnelle, Gérard Fairon, and Anne Dister, 1032–1038. Louvain-la-Neuve: Presses Universitaires de Louvain.Google Scholar) et de la narration d’un film (Barsam 2007Barsam, Richard 2007Looking at Movies. An Introduction to Film. New York: Norton & Company.Google Scholar ; Monaco 2009Monaco, James 2009How to Read a Film. Movie, Media and Beyond. 4th ed. Oxford: Oxford University Press.Google Scholar ; Murphy 2007Murphy, John J. 2007Me and You and Memento and Fargo. New York: Continuum.Google Scholar). Le Tableau 1 présente les indices de complexité d’un film utilisés dans l’étude 1 et l’étude 2.

Nous avons plus particulièrement mesuré la complexité structurelle informative à travers le nombre de changements de plan (coupures et révisions) par minute.22. Coupures : passage d’un plan de caméra à une autre scène introduisant une nouvelle information ; révisions : changement d’un plan de caméra à un autre en restant dans la même scène visuelle ; de tels changements introduisent moins de nouvelles informations qu’une coupure (Lang et al. 2000Lang, Annie, Shuhua Zhou, Nancy Schwartz, Paul Bolls, and Robert F. Potter 2000 “The Effects of Edits on Arousal, Attention, and Memory for Television Messages: When an Edit is an Edit Can an Edit be Too Much?Journal of Broadcasting & Electronic Media 44 (1): 94–109.Google Scholar, 100 ; Lang et al. 2013Lang, Annie, Satoko Kurita, Ya Gao, and Bridget Rubenking 2013 “Measuring Television Message Complexity as Available Processing Resources: Dimensions of Information and Cognitive Load.” Media Psychology 16 (2): 129–153.Google Scholar, 132). Tempo (pacing) : obtenu en divisant le nombre global de coupures et révisions par la durée du film ; ce calcul peut aboutir à quatre niveaux : lent (0 à 7 par minute), moyen (8 à 15), rapide (16 à 23) et très rapide (>24) (Lang et al. 1999Lang, Annie, Paul Bolls, Robert F. Potter, and Karlynn Kawahara 1999 “The Effects of Production Pacing and Arousing Content on the Information Processing of Television Messages.” Journal of Broadcasting & Electronic Media 43 (4): 451–475.Google Scholar ; Lang 2000 2000 “The Limited Capacity Model of Mediated Message Processing.” Journal of Communication 50 (1): 46–70.Google Scholar). Le tempo est généralement utilisé au cinéma pour créer un effet dramatique. Le nombre total de coupures « sert d’indicateur des ressources nécessaires localement (suivant immédiatement le changement de camera) ou globalement en résumant les informations présentées à chaque changement de caméra au cours d’un message » (Lang et al. 2013Lang, Annie, Satoko Kurita, Ya Gao, and Bridget Rubenking 2013 “Measuring Television Message Complexity as Available Processing Resources: Dimensions of Information and Cognitive Load.” Media Psychology 16 (2): 129–153.Google Scholar, 132–133). Nous avons ainsi obtenu une mesure du rythme (basée sur les travaux de Lang) et recensé le nombre total de coupures vidéo comme indicateurs de l’introduction d’une nouvelle information. Un autre indicateur de complexité structurelle-informative était le nombre total de sous-titres inclus dans l’extrait-cible. Nous nous sommes concentrés sur les sous-titres d’une et de deux lignes puisque les sous-titres d’une ligne sont plus facilement suivis par le public que ceux de deux lignes à condition qu’ils ne contiennent pas trop d’informations condensées ou implicites (Lomheim 1999Lomheim, Sylfest 1999 “The Writing on the Screen. Subtitling: A Case Study from Norwegian Broadcasting (NRK), Oslo.” In Word, Text and Translation, edited by Gunilla Anderman and Margaret Rogers, 190–207. Clevedon: Multilingual Matters.Google Scholar, 192). La complexité linguistique a été évaluée selon les indications établies du nombre total de mots dans les sous-titres cibles et dans la version doublée, de la longueur de phrase moyenne dans les sous-titres cibles et dans la version doublée (Li 2000Li, Yili 2000 “Linguistic Characteristics of ESL Writing in Task-Based E-Mail Activities.” System 28 (2): 229–245.Google Scholar ; Szmrecsányi 2004Szmrecsányi, Benedikt M. 2004 “On Operationalizing Syntactic Complexity.” In Le poids des mots. Proceedings of the 7th International Conference on Textual Data Statistical Analysis, edited by Gérard Purnelle, Gérard Fairon, and Anne Dister, 1032–1038. Louvain-la-Neuve: Presses Universitaires de Louvain.Google Scholar) et du ratio standardisé du type/signe comme mesure brute de la densité lexicale et de la variation. Pour calculer ces mesures, nous avons utilisé un programme d’analyse de texte informatisé (Wordsmith Tools 6 ; voir Scott 2009Scott, Mike 2009Wordsmith Tools. London: Oxford University Press.Google Scholar). Par complexité narrative, nous comprenons la manière plus ou moins linéaire dont une histoire est présentée au public (Barsam 2007Barsam, Richard 2007Looking at Movies. An Introduction to Film. New York: Norton & Company.Google Scholar, 54) ; cette complexité a été mesurée en comptant le nombre d’endroits où l’histoire se déroule, le nombre de personnages primaires et secondaires33.Ces indicateurs, de même que les coupures, pourraient être liés à la densité visuelle. ainsi que le nombre d’altérations chronologiques, qui consistent principalement en flashbacks (fsoesch 2013fsoesch 2013 (May 11). “Analyzing TV Series and Their Narrative Complexity.” Final Report. https://​allabouttvseries​.wordpress​.com/). Ces derniers, parallèlement à la complexité de l’intrigue, sont les facteurs principaux qui peuvent influencer l’engagement du téléspectateur à décoder et à suivre le fil rouge du scénario.

2.Étude 1

2.1Méthodologie

2.1.1Participants

L’échantillonnage d’origine de l’étude 1 comptait 62 étudiant.e.s de l’université de Trieste (74% de filles, âge moyen = 20,36 ; écart-type = 5,04) qui ont pris part à l’expérience et reçu des crédits de cours pour leur participation. Les étudiant.e.s proviennent de la Faculté de Traduction et Interprétation ainsi que de la Faculté de Psychologie. Tous les participants avaient l’italien pour langue maternelle ou parlaient l’italien depuis au moins dix ans. Deux participants, qui avaient déjà vu le film, ont été retirés de l’étude. Un participant supplémentaire a été retiré de l’étude parce qu’il connaissait la langue originale du film. Dans l’échantillon final (n = 59), 83% des participants ont dit qu’ils regardaient des films doublés assez souvent à tout le temps, tandis que seulement 37% ont déclaré la même chose pour les films sous-titrés.

2.1.2Conception

Un extrait vidéo modérément complexe, soit doublé en italien, soit dans une langue étrangère (arabe libanais) avec des sous-titres italiens a été présenté aux participants. Les participants ont été divisés en deux groupes d’après une conception inter-sujet. Les participants ont été assignés aléatoirement à deux situations expérimentales (VOST : n = 26, VD : n = 33). Un contrôle de lecture de sous-titres a été réalisé auprès des participants ayant vu l’extrait sous-titré (voir la section Matériels). Les principales variables dépendantes étaient les mesures évaluatives et les mesures de performance cognitive appliquées à la compréhension et à la mémoire. La performance cognitive a été calculée à partir de la compréhension générale, de la reconnaissance des dialogues, de l’association des noms aux visages et de la reconnaissance visuelle d’une scène – englobant donc autant les aspects visuels que verbaux de la performance. Quant aux mesures évaluatives, elles comprenaient l’effort auto-déclaré pendant le visionnage du film et l’appréciation de celui-ci. Cette appréciation incluait les intentions futures (par exemple, l’envie de regarder la suite du film ou un autre film du même réalisateur).

Tableau 1.Indices de complexité des deux extraits de films employés dans les études
Caramel (étude 1) Sherlock (étude 2)
Longueur de l’extrait 25’’ 26’’
Complexité structurelle-informative
Tempo 11 (moyen) 18 (rapide)
Nouvelle info introduite (#coupures) 21 (0,84) 63 (2,42)
Nombre total de sous-titres 198 (7,92) 402 (15,46)
Répliques 50 (2,00) 141 (5,42)
Complexité linguistique
Nombre total de mots ST/D 1285/2148 (51,4/85,92) 2815/2447 (108,26/94,11)
Types (mots distincts) ST/D 547/726 (21,88/29,04) 975/891 (37,5/34,27)
Ratio standardisé type/signe ST/D (%) 46,50/42,75 47/47,90
Mots par minute ST/D 50,8/84,9 107,4/93,4
Nombre total de phrases ST/D 374/484 449/441
Longueur moyenne des phrases ST/D 3,4/4,5 6,3/5,5
Complexité narrative
Nombre de lieux 11 (0,44) 19 (0,73)
Nombre total de personnages 16 (0,64) 21 (0,81)
Personnages principaux 6 (0,24) 8 (0,30)
Nombre de flashbacks 0 4 (0,16)

NB : les chiffres entre parenthèses – suivant les indices de complexité bruts – indiquent les valeurs de complexité par minute (quand c’est possible). La longueur moyenne des phrases a été obtenue en calculant le nombre moyen de mots par phrase (Li 2000Li, Yili 2000 “Linguistic Characteristics of ESL Writing in Task-Based E-Mail Activities.” System 28 (2): 229–245.Google Scholar, 236). Les mots par minute ont été obtenus en divisant le nombre total de mots par la durée de l’extrait de film.

2.1.3Matériels

Vidéo

Un extrait vidéo de 26 minutes de la comédie dramatique libanaise Sukkar banat (français : Caramel) (2007, réalisée par Nadine Labaki) a été présenté aux deux groupes de participants soit en version originale en langue arabe libanaise avec des sous-titres italiens, soit doublé en italien.44.Comme dans Perego et al. (2010)Perego, Elisa, Fabio Del Missier, Marco Porta, and Mauro Mosconi 2010 “The Cognitive Effectiveness of Subtitle Processing.” Media Psychology 13 (3): 243–272.Google Scholar et Perego, Del Missier et Bottiroli (2015)Perego, Elisa, Fabio Del Missier, and Sara Bottiroli 2015 “Dubbing and Subtitling in Young and Older Adults: Cognitive and Evaluative Aspects.” Perspectives: Studies in Translatology 23 (1): 1–21.Google Scholar, et afin de s’assurer que la compréhension de chaque vidéo dépende uniquement des sous-titres (versus des dialogues parlés), aucun des participants ne connaissait la plage verbale des deux vidéos sous-titrées. Bien que les bandes son en anglais avec des sous-titres dans la langue locale soient plus communes, nous avons décidé d’éviter cette situation afin de contrôler une variable potentielle, sérieusement perturbatrice (c’est-à-dire la connaissance de l’anglais). Toutefois, bien que l’analyse de l’interaction entre un langage légèrement connu et des sous-titres ne soit pas abordée ici, elle semble être une question intéressante pour de futures recherches. Par conséquent, la seule information auditive compréhensible provient des éléments de communication paralinguistiques et extralinguistiques de la communication verbale, qui ont probablement été correctement traités, comme le montrent les tests de compréhension et de mémoire des deux études. La vidéo était conventionnelle d’un point de vue narratif (pas d’altération dans la chronologie, scénario linéaire ; Barsam 2007Barsam, Richard 2007Looking at Movies. An Introduction to Film. New York: Norton & Company.Google Scholar ; Monaco 2009Monaco, James 2009How to Read a Film. Movie, Media and Beyond. 4th ed. Oxford: Oxford University Press.Google Scholar ; Murphy 2007Murphy, John J. 2007Me and You and Memento and Fargo. New York: Continuum.Google Scholar) et avait un tempo modéré (comme formulé par Lang et al. 1999 et Lang 2000 2000 “The Limited Capacity Model of Mediated Message Processing.” Journal of Communication 50 (1): 46–70.Google Scholar ; cf. note 2). Globalement – et comme on peut le voir dans le Tableau 1 – ce film peut être considéré comme modérément complexe et correspondant à une situation de visionnage normale. Les informations essentielles et visuelles du film n’étaient ni trop faciles, ni trop difficiles à comprendre ou à mémoriser (tel qu’il a été démontré dans les statistiques descriptives de Perego, Del Missier et Bottiroli 2015Perego, Elisa, Fabio Del Missier, and Sara Bottiroli 2015 “Dubbing and Subtitling in Young and Older Adults: Cognitive and Evaluative Aspects.” Perspectives: Studies in Translatology 23 (1): 1–21.Google Scholar, Tableau 1 et 2). Afin de garantir la validité écologique du matériel dans cette étude, nous avons utilisé les versions sous-titrées et doublées des DVD commercialisés (qui ont été réalisées par des professionnels conformément aux standards italiens).

Matériel d’évaluation

Nous avions préparé des tests et des questionnaires pour l’analyse cognitive et évaluative de la réception de la TAV sur la base des études de Perego et al. (2010)Perego, Elisa, Fabio Del Missier, Marco Porta, and Mauro Mosconi 2010 “The Cognitive Effectiveness of Subtitle Processing.” Media Psychology 13 (3): 243–272.Google Scholar, Perego, Del Missier et Bottiroli (2015)Perego, Elisa, Fabio Del Missier, and Sara Bottiroli 2015 “Dubbing and Subtitling in Young and Older Adults: Cognitive and Evaluative Aspects.” Perspectives: Studies in Translatology 23 (1): 1–21.Google Scholar et Wissmath, Weibel et Groner (2009)Wissmath, Bartholomäus, David Weibel, and Rudolf Groner 2009 “Dubbing or Subtitling? Effects on Spatial Presence, Transportation, Flow, and Enjoyment.” Journal of Media Psychology 21 (3): 114–125.Google Scholar. Dans les paragraphes suivants, nous décrirons brièvement les questionnaires (pour plus de détails, voir Perego, Del Missier et Bottiroli 2015Perego, Elisa, Fabio Del Missier, and Sara Bottiroli 2015 “Dubbing and Subtitling in Young and Older Adults: Cognitive and Evaluative Aspects.” Perspectives: Studies in Translatology 23 (1): 1–21.Google Scholar).

Contrôle de lecture des sous-titres et questionnaire sur le doublage et sous-titrage

Tous les participants ayant vu l’extrait sous-titré ont reçu un petit questionnaire de contrôle de lecture des sous-titres. Celui-ci permettait de mesurer le degré d’attention accordé aux sous-titres en vérifiant si les téléspectateurs se rappelaient correctement leur couleur et leur alignement à l’écran et de recueillir des informations sur la facilité de lecture des sous-titres.

Mesures de la compréhension et de la mémorisation

Nous avons utilisé les mêmes mesures cognitives que dans Perego, Del Missier et Bottiroli (2015)Perego, Elisa, Fabio Del Missier, and Sara Bottiroli 2015 “Dubbing and Subtitling in Young and Older Adults: Cognitive and Evaluative Aspects.” Perspectives: Studies in Translatology 23 (1): 1–21.Google Scholar. La première mesure était un questionnaire sur la compréhension générale. Il consistait en 25 questions à choix multiples et évaluait la compréhension de l’intrigue et des principaux aspects conceptuels du film. Ensuite, un questionnaire de reconnaissance de dialogues reprenant 20 questions a été présenté pour évaluer la capacité à reconnaitre des composants spécifiques des dialogues du film. Un test d’association du nom et du visage comportant 8 questions a été utilisé pour vérifier si les participants étaient capables d’associer le nom de chaque personnage avec le visage correspondant aux arrêts sur image. Enfin, un test de reconnaissance visuelle des scènes de 60 questions évaluait si les participants se rappelaient des images visionnées ; cependant, seule la moitié des véritables images a été exposée ; les images restantes étaient des leurres.

Mesures évaluatives

Les mesures évaluatives mesuraient le degré d’appréciation du film (évaluation du film et les futures intentions liées ; huit questions) ainsi que l’effort auto-déclaré pendant le visionnage du film (deux questions).

Tests cognitifs : vocabulaire PMA et tests CPM

Après l’expérience de visionnage et les tests et questionnaires concernant le film, les participants ont subi des tests cognitifs supplémentaires destinés à évaluer leurs compétences cognitives. Le test de vocabulaire PMA (Thurstone et Thurstone 1963Thurstone, Thelma Gwinn, and Louis Leon Thurstone 1963Primary Mental Ability. Chicago, IL: Science Research Associates.Google Scholar) est un test de vocabulaire composé de 50 questions qui concernent l’identification de synonymes d’un mot-cible dans un laps de temps de huit minutes. Il évalue l’étendue de reconnaissance de vocabulaire d’une personne ainsi que sa connaissance et sa compréhension de la langue. Les matrices progressives de Raven (CPM) (Raven 1955Raven, John C. 1995Manual for the Coloured Progressive Matrices (revised). Windsor: NFRE-Nelson.Google Scholar) sont des tests non verbaux utilisés pour mesurer l’intelligence fluide. Cette dernière est la compétence humaine complexe qui nous permet d’adapter notre pensée à un nouveau problème cognitif ou à une situation (Carpenter, Just et Sell 1990Carpenter, Patricia A., Marcel Adam Just, and Peter Shell 1990 “What One Intelligence Test Measures: A Theoretical Account of the Processing in the Raven Progressive Matrices Test.” Psychological Review 97: 404–431.Google Scholar). Le test CPM a été administré par groupes et les participants répondaient individuellement. Il n’y avait aucune limite de temps. Le score maximum de ce test est de 36.

2.1.4Démarche

Nous avons réalisé des sessions de visionnage collectives en petits groupes. Les participants, rassemblés dans une salle de cinéma ont reçu des instructions ainsi qu’une introduction générale. La langue du film et la méthode de traduction n’ont pas été mentionnées. Après le visionnage de la vidéo, les questionnaires d’évaluation – rassemblés dans un livret – ont été donnés aux participants. Nous avons demandé à ces derniers de les remplir dans un ordre spécifique : (1) questionnaire d’évaluation ; (2) tâche d’association du nom et du visage ; (3) compréhension générale ; (4) reconnaissance visuelle des scènes ; (5) reconnaissance des dialogues ; (6) contrôle de lecture des sous-titres ; (7) questionnaire sur les habitudes de visionnage, doublage et sous-titrage. Le livret se clôturait par un questionnaire démographique. Les participants ont rempli les questionnaires à leur rythme ; cela a pris environ 30 minutes (pour plus de détails sur le procédé et le matériel, voir Perego et al. 2010Perego, Elisa, Fabio Del Missier, Marco Porta, and Mauro Mosconi 2010 “The Cognitive Effectiveness of Subtitle Processing.” Media Psychology 13 (3): 243–272.Google Scholar et Perego, Del Missier et Bottiroli 2015Perego, Elisa, Fabio Del Missier, and Sara Bottiroli 2015 “Dubbing and Subtitling in Young and Older Adults: Cognitive and Evaluative Aspects.” Perspectives: Studies in Translatology 23 (1): 1–21.Google Scholar). Après une pause, les participants ont passé les deux tests cognitifs.

2.2Résultats

2.2.1Contrôle de lecture des sous-titres et questionnaire sur le doublage et sous-titrage

96% de l’échantillon du groupe des sous-titres se rappelait correctement l’alignement des sous-titres et 77% se rappelait leur couleur. Tous les participants de ce groupe avaient déclaré au préalable qu’ils utilisaient les sous-titres souvent voire tout le temps pour augmenter leur compréhension du film. Concernant la difficulté à lire les sous-titres, 88% des participants ont fourni des évaluations allant de ni facile ni difficile à très facile. Ces résultats indiquent que les participants lisent les sous-titres avec une facilité évidente et qu’ils semblent les utiliser pour comprendre le film.

2.2.2Mesures cognitives

Comme démontré dans le Tableau 2, aucune différence statistiquement notable entre les groupes de doublage et de sous-titrage n’a été trouvée en ce qui concerne la compréhension générale (t (57) = 0.25, p = 0.81, d = 0.07), l’association des noms et des visages (t (57) = -1.55, p = 0.13, d = 0.41), et la reconnaissance visuelle des scènes (t (57) = 0.32, p = 0.75, d = 0.08). Nous avons trouvé une différence notable dans la reconnaissance des dialogues (t (57) = −2.64, p = 0.01, d = 0.70), à l’avantage du groupe des sous-titres.

Tableau 2.Statistiques descriptives de variables dépendantes en fonction de la méthode de traduction de l’étude 1
Conditions de doublage Condition de sous-titrage
M (SD) M (SD)
Mesures cognitives
Compréhension générale 0,74 (0,09) 0,73 (0,09)
Reconnaissance de dialogues 0,68 (0,13) 0,77 (0,14)
Association des noms aux visages 0,44 (0,25) 0,54 (0,24)
Reconnaissance visuelle des scènes 0,82 (0,05) 0,82 (0,05)
Mesures évaluatives
Appréciation du film 3,57 (1,11) 3,98 (1,10)
Effort auto-déclaré 2,48 (0,81) 2,69 (1,24)

NB : la gamme de score pour les mesures cognitives (la proportion de bonnes réponses) allait de 0,56 à 0,88 pour la compréhension générale, de 0,25 à 1 pour la reconnaissance de dialogues, de 0 à 1 pour l’association des noms et des visages et de 0,68 à 0,92 pour la reconnaissance visuelle des scènes. La gamme de score pour les mesures évaluatives allait de 1,75 à 5,88 pour l’appréciation du film et de 1 à 5 pour l’effort auto-déclaré.

2.2.3Mesures évaluatives

Les données ont été analysées à l’aide d’indices sommatifs : appréciation du film, effort auto-déclaré pendant le visionnage. Comme on peut le voir dans le Tableau 2, les résultats n’ont pas montré de différences notables entre les groupes de doublage et de sous-titrage au niveau de l’effort auto-déclaré (t (57) = -0.77, p = 0.44, d = 0.20) et de l’appréciation du film (t (57) = −1.42, p = 0.16, d = 0.38).

2.2.4Vocabulaire PMA et tests CPM

Un meilleur score au test de vocabulaire était lié à une meilleure compréhension générale (r = 0.31, p = 0.02) mais pas à d’autres mesures cognitives. Aucune autre corrélation notable n’a été trouvée. Les scores CPM étaient liés à de meilleurs scores d’association des noms et visages (r = 0.29, p = 0.03) mais pas aux autres mesures cognitives. En ce qui concerne les mesures évaluatives, les participants avec un meilleur score CPM ont tendance à produire moins d’efforts pendant le visionnage (r = 0.26, p = 0.05). Aucune autre corrélation notable n’a été trouvée.55.Même en faisant la comparaison doublage versus sous-titrage, les résultats de l’analyse corrélationnelle ont été confirmés : des analyses régressives n’ont montré aucune interaction notable entre les conditions et les scores du CPM ou encore entre les conditions et le test de vocabulaire.

2.3Discussion

L’étude 1 avait pour but de tester la reproductibilité d’études passées qui comparaient le doublage versus le sous-titrage (comme Perego, Del Missier et Bottiroli 2015Perego, Elisa, Fabio Del Missier, and Sara Bottiroli 2015 “Dubbing and Subtitling in Young and Older Adults: Cognitive and Evaluative Aspects.” Perspectives: Studies in Translatology 23 (1): 1–21.Google Scholar). Les résultats démontrent que nous avons atteint cet objectif. D’après les anciens comme les nouveaux résultats, regarder un extrait de film modérément complexe exige des participants habitués au doublage le même degré d’effort subjectif, que le film soit doublé ou sous-titré. De plus, l’appréciation du film ne diffère pas selon la méthode de TAV employée.

Quant aux conséquences cognitives des méthodes de TAV analysées, les résultats de l’étude 1 confirment que le sous-titrage (versus le doublage) ne dérange pas les téléspectateurs et favorise la reconnaissance des dialogues. En effet, tous les participants ont démontré le même niveau de compréhension et de mémoire de l’information visuelle, qu’ils aient visionné la version sous-titrée ou doublée. Cependant, ceux qui ont regardé la version sous-titrée ont eu l’avantage pour la reconnaissance des dialogues. En outre, l’étude 1 a confirmé que les participants avec de meilleurs compétences cognitives semblaient être plus aptes à comprendre le film.

Globalement, ces résultats peuvent être attribués à une relative facilité dans le traitement et l’intégration des informations verbales écrites et graphiques et des informations venant du canal audio lorsqu’aucun canal n’expose le téléspectateur à des messages excessivement complexes (voir aussi Perego et al. 2010Perego, Elisa, Fabio Del Missier, Marco Porta, and Mauro Mosconi 2010 “The Cognitive Effectiveness of Subtitle Processing.” Media Psychology 13 (3): 243–272.Google Scholar et Perego, Del Missier et Bottiroli 2015Perego, Elisa, Fabio Del Missier, and Sara Bottiroli 2015 “Dubbing and Subtitling in Young and Older Adults: Cognitive and Evaluative Aspects.” Perspectives: Studies in Translatology 23 (1): 1–21.Google Scholar). L’efficacité de ces processus peuvent cependant être compromis lorsqu’un ou plusieurs canaux sont très denses ou éprouvants pour le téléspectateur. Cette possibilité a été analysée dans l’étude 2.

3.Étude 2

3.1Méthodologie

Pour l’étude 2, nous avons utilisé la même conception et les mêmes instruments de mesure que dans l’étude 1. Nous avons cependant opté pour un autre matériel audiovisuel, plus complexe que celui utilisé dans l’étude 1 (comme on peut le voir dans le Tableau 1).

3.1.1Participants

L’échantillon original de l’étude 2 était composé de 61 étudiant.e.s de l’université de Trieste (dont 88% étaient des filles, âge moyen = 20,70 ; écart-type = 2,21) qui ont pris part à l’expérience et reçu des crédits de cours pour leur participation. Les étudiant.e.s venaient de la faculté de Traduction et Interprétation et de la faculté de Psychologie. Les participants qui parlaient italien depuis moins de dix ans (n = 2) et ceux qui avaient déjà vu le film (n = 5) ont été retirés de l’analyse. L’échantillon final comptait 54 participants dont 83% ont déclaré regarder des films doublés assez souvent à tout le temps tandis que 35% ont déclaré la même chose pour les films sous-titrés. Les participants ont été assignés aléatoirement au doublage (n=26) ou au sous-titrage (n=28).

3.1.2Vidéo

Nous avons utilisé un fragment vidéo de 25 minutes de Sherlock (BBC ; saison 1, épisode 1) qui est une série policière dramatique contemporaine à succès. La vidéo était soit doublée en russe avec des sous-titres italiens, soit doublée en italien. Nous avons choisi une version doublée en russe pour que les participants soient exposés à une langue étrangère et pour qu’ils ne puissent pas s’appuyer sur des informations qu’ils auraient pu comprendre avec la bande son originale en anglais (langue connue de tous les participants, voir note 3). Comme dans l’étude 1, nous avons utilisé la version doublée commercialisée faite par des professionnels conformément aux normes italiennes. La vidéo présente un tempo élevé (comme cela a été mis en application par Lang et al. 1999Lang, Annie, Paul Bolls, Robert F. Potter, and Karlynn Kawahara 1999 “The Effects of Production Pacing and Arousing Content on the Information Processing of Television Messages.” Journal of Broadcasting & Electronic Media 43 (4): 451–475.Google Scholar, 2000Lang, Annie, Shuhua Zhou, Nancy Schwartz, Paul Bolls, and Robert F. Potter 2000 “The Effects of Edits on Arousal, Attention, and Memory for Television Messages: When an Edit is an Edit Can an Edit be Too Much?Journal of Broadcasting & Electronic Media 44 (1): 94–109.Google Scholar), et sa structure narrative est complexe : entrelacements entre les différentes intrigues et altérations dans la chronologie. Ces éléments peuvent entraîner une forte implication du public et exiger des compétences d’observation (Barsam 2007Barsam, Richard 2007Looking at Movies. An Introduction to Film. New York: Norton & Company.Google Scholar ; Murphy 2007Murphy, John J. 2007Me and You and Memento and Fargo. New York: Continuum.Google Scholar). Les sous-titres étaient quasiment des transcriptions textuelles des dialogues d’origine en anglais et défilaient très rapidement. Les mesures de complexité sont présentées dans le Tableau 1.

3.2Résultats

3.2.1Contrôle de lecture des sous-titres et questionnaires sur le doublage et le sous-titrage

96% de l’échantillon du groupe des sous-titres se rappelait correctement leur alignement et 75% de l’échantillon se souvenait de leur couleur. Tous les participants de ce groupe ont déclaré avoir utilisé les sous-titres souvent voire tout le temps pour comprendre le film. Au niveau de la difficulté à lire les sous-titres, 64% des participants ont fourni des jugements allant de ni facile ni difficile à très facile. Comme dans l’étude 1, les résultats indiquent que les participants lisent et se reposent sur les sous-titres pour comprendre l’intrigue.

3.2.2Mesures cognitives

Comme démontré dans le Tableau 3 – et comme nous l’espérions – le groupe du doublage a réalisé une meilleure performance que leurs homologues du sous-titrage autant dans la compréhension générale (t (52) = 3.44 ; p = 0.001, d = 0.95) que dans la reconnaissance visuelle des scènes (t (52) = 2.79, p = 0.007 ; d = 0.95). Il n’y avait pas de différence entre les groupes concernant la reconnaissance de dialogues (t (52) = 0.18 ; p = 0.86, d = 0.76) et l’association des noms aux visages (t (52) = 1.25 ; p = 0.22, d = 0.34).

Tableau 3.Statistiques descriptives des variables dépendantes en fonction de la méthode de traduction de l’étude 2
Conditions de doublage Condition de sous-titrage
M (SD) M (SD)
Mesures cognitives
Compréhension générale 0,87 (0,08) 0,77 (0,13)
Reconnaissance des dialogues 0,67 (0,09) 0,67 (0,11)
Association des noms aux visages 0,93 (0,13) 0,88 (0,18)
Reconnaissance visuelle des scènes 0,77 (0,07) 0,72 (0,07)
Mesures évaluatives
Appréciation du film 5,28 (0,47) 4,96 (1,08)
Effort auto-déclaré 2,73 (1,11) 3,38 (1,27)

NB : la gamme de score pour les mesures cognitives (la proportion de bonnes réponses) allait de 0,36 à 1 pour la compréhension générale, de 0,45 à 0,90 pour la reconnaissance des dialogues, de 0,50 à 1 pour l’association des noms aux visages et de 0,53 à 0,88 pour la reconnaissance visuelle des scènes. La gamme de score pour les mesures d’évaluation allait de 1,88 à 6,38 pour l’appréciation du film et de 1 à 5 pour l’effort auto-déclaré.

3.2.3Mesures évaluatives

Les données ont été analysées à l’aide d’indices sommatifs pour l’effort auto-déclaré et l’appréciation du film. Comme indiqué dans le Tableau 3, les résultats n’ont pas montré de différences considérables entre les groupes de doublage et de sous-titrage en ce qui concerne l’appréciation du film (t (52) = 1.39 ; p = 0.17, d = 0.38). Cependant, les résultats ont souligné une différence minime pour ce qui est de l’effort auto-déclaré (t (52) = −1,98 ; p = 0,053, d = 0,54). Comme escompté, les participants dans les conditions de sous-titrage ont fourni plus d’efforts durant le visionnage.

3.2.4Test de vocabulaire et CPM

Un meilleur score au test de vocabulaire était généralement lié à une meilleure compréhension générale (r = 0.28 ; p = 0.05) mais pas aux autres mesures cognitives. Les résultats n’ont pas montré de différences notables entre les scores de vocabulaire et les mesures évaluatives. Les scores des tests CPM n’étaient pas nécessairement associés aux mesures cognitives. Cependant, de meilleurs scores aux tests CPM étaient liés à moins d’effort auto-déclaré pendant le visionnage (r = 0.35 ; p = 0.01).66.Comme dans l’étude 1, les résultats des analyses de régression avec des conditions de doublage versus sous-titrage comme indicateurs (ainsi que les interactions avec les scores CPM et tests de vocabulaires) ont confirmé les résultats de l’analyse corrélationnelle, à une exception près. Un score CPM significatif sous condition d’interaction a été trouvé au niveau de la scène visuelle de reconnaissance (β = 2.08, t = 2.08, p = 04), démontrant que les scores CMP supérieurs résultent dans une meilleure performance au niveau de la reconnaissance visuelle de la scène uniquement dans le cas du sous-titrage. Par conséquent, les résultats concernant les différences individuelles concordent généralement avec ceux de l’étude 1, à quelques différences près.

3.3Discussion

L’étude 2 avait pour but de démontrer que le visionnage d’un matériel sous-titré complexe (versus doublé) engendre plus d’efforts de traitement ainsi que des conséquences cognitives et évaluatives négatives. Les résultats confirment les hypothèses pour ce qui est de l’effort et des conséquences cognitives – comme cela a été mesuré par le biais de la compréhension générale et de la reconnaissance visuelle des scènes. Toutefois, et même si le visionnage d’une version sous-titrée a entraîné un plus grand effort et des conséquences cognitives négatives, l’appréciation du film sous-titré (versus doublé) n’est pas impactée. Globalement, les résultats présentent un schéma nettement différent de ceux de l’étude 1 ainsi que des recherches précédentes (où des films plus simples ont été utilisés). Ces résultats indiquent donc que la complexité importe, du moins en ce qui concerne l’effort perçu et les résultats cognitifs (c’est-à-dire la compréhension et la mémorisation des informations présentées).

Les autres résultats de l’étude 1 ont été confirmés dans l’étude 2 : entre autres, les participants avec de meilleures compétences cognitives étaient plus aptes à comprendre le film. Ce résultat souligne l’importance des différences individuelles dans l’étude de la TAV, un sujet de recherche presque entièrement négligé jusque-là.

4.Discussion et conclusion générales

Des études empiriques portant sur l’efficacité du doublage et du sous-titrage ont démontré que les deux méthodes sont appréciées et cognitivement efficaces lorsqu’il s’agit de transmettre un message audiovisuel modérément complexe. Récemment prouvée au plan empirique (Perego, Del Missier et Bottiroli 2015Perego, Elisa, Fabio Del Missier, and Sara Bottiroli 2015 “Dubbing and Subtitling in Young and Older Adults: Cognitive and Evaluative Aspects.” Perspectives: Studies in Translatology 23 (1): 1–21.Google Scholar ; Orrego-Carmona 2015Orrego-Carmona, D. 2015The Reception of (Non)Professional Subtitling. PhD diss. Universitat Rovira i Virgili, Tarragona.Google Scholar ; Wissmath, Weibel et Groner 2009Wissmath, Bartholomäus, David Weibel, and Rudolf Groner 2009 “Dubbing or Subtitling? Effects on Spatial Presence, Transportation, Flow, and Enjoyment.” Journal of Media Psychology 21 (3): 114–125.Google Scholar), cette affirmation a permis de rejeter une part des traditionnelles spéculations concernant la nature perturbatrice des sous-titres, en particulier pour les téléspectateurs qui n’y sont pas habitués. L’étude 1 du présent article a confirmé ces conclusions et appelé à la reproduction de cette étude dans différents domaines des sciences comportementales. Cependant – malgré les connaissances importantes qu’elles apportent – ces études empiriques de TAV partagent une faiblesse majeure. Elles n’ont pas tenu compte du matériel audiovisuel complexe et n’ont pas reconnu les limites de l’efficacité cognitive du traitement des sous-titres, atteintes uniquement quand le matériel traité est complexe et quand la cadence de transmission est rapide.

Pour dépasser cette limite, nous avons réalisé l’étude 2 dans laquelle nous avons comparé la réception d’un film assez complexe présenté selon différentes méthodes de traduction (c’est-à-dire doublage versus sous-titrage). Les résultats ont montré qu’avec un film plus complexe, le sous-titrage est associé à un effort plus subjectif que le doublage et mène à une compréhension moindre ainsi qu’à une mémorisation plus faible des images. Ces résultats concordent avec notre hypothèse de la complexité du sous-titrage qui précise que, lorsqu’un matériel extrêmement complexe est traduit via le sous-titrage (versus le doublage), il est plus difficile de le traiter et de l’intégrer. Ceci peut même entraîner une mémorisation et une compréhension moins efficaces (du moins pour les téléspectateurs non habitués à cette méthode de TAV). De manière assez surprenante, c’est que ces conséquences négatives n’ont en rien affecté l’évaluation générale du film. Ceci était similaire pour les deux méthodes de TAV, probablement parce que les réceptions cognitive et évaluative d’un film ne sont pas nécessairement ni fortement liées, du moins quand le niveau de compréhension est assez bon comme dans l’étude présente réalisée sur des jeunes adultes (voir aussi Perego, Del Missier et Bottiroli [2015]Perego, Elisa, Fabio Del Missier, and Sara Bottiroli 2015 “Dubbing and Subtitling in Young and Older Adults: Cognitive and Evaluative Aspects.” Perspectives: Studies in Translatology 23 (1): 1–21.Google Scholar qui testent des jeunes adultes et des plus âgés, mais aussi d’Ydewalle et De Bruycker [2007]d’Ydewalle, Géry, and Wim De Bruycker 2007 “Eye Movements of Children and Adults while Reading Television Subtitles.” European Psychologist 12: 196–205.Google Scholar qui comparent les résultats d’enfants et d’adultes).

Du point de vue de l’application, nos résultats suggèrent que le doublage d’un matériel audiovisuel complexe serait plus bénéfique aux téléspectateurs non habitués au sous-titrage. Ceci est particulièrement avéré pour les utilisateurs qui ont des ressources sensorielles et cognitives réduites (par exemple, les personnes cognitivement désavantagées, qui lisent lentement, les enfants souffrant d’un trouble déficitaire avec hyperactivité, les personnes âgées, etc.) et qui, de ce fait, pourraient rencontrer plus de difficultés dans le traitement et l’intégration des informations. Tout en gardant à l’esprit les limites de cette étude (énoncées ci-dessus) et la nécessité de mener des recherches plus approfondies dans ce domaine, nous pensons que les spécialistes devraient envisager l’élaboration de différents types de TAV adaptés au film qui doit être traduit. Par exemple, ils devraient privilégier des sous-titres plus simples et moins lourds pour un matériel audiovisuel particulièrement complexe ou pour un contenu peu connu du public cible (cf. Winke, Gass et Sydorenko 2013Winke, Paula, Susan Gass, and Tetyana Sydorenko 2013 “Factors Influencing the Use of Captions by Foreign Language Learners: An Eye-Tracking Study.” The Modern Language Journal 97 (1): 254–275.Google Scholar). Ils pourraient aussi proposer des traductions dia sémiotiques alternatives dans certaines situations (si le doublage est trop coûteux, la voix-off pourrait être une possibilité mais l’efficacité de ces méthodes de TAV doit être empiriquement prouvée).

Nos études constituent une avancée dans la recherche sur la TAV dans la mesure où elles abordent une question essentielle mais négligée dans ce domaine et procurent de nouvelles preuves empiriques. Toutefois, certaines limites ont besoin d’être reconnues et examinées en vue d’orienter de potentielles futures recherches. Premièrement – et étant donné que notre but principal était d’examiner la réception du doublage et du sous-titrage dans des films à complexité extrêmement variable tout en conservant une approche écologique (c’est-à-dire en ayant recours à de véritables films) – nous avons utilisé deux films dont la complexité variait considérablement. Cependant, ces films variaient sensiblement à bien d’autres égards comme le genre, la vitesse des sous-titres, la langue d’origine, le contexte culturel et l’attention potentielle. Ces éléments ont rendu la comparaison délicate et nous ont apporté des conclusions problématiques. Par conséquent, il est possible que les différences de résultats que nous avons obtenues dans l’étude 1 versus l’étude 2 soient partiellement dues à certains de ces facteurs. Le fait que les études de TAV sur le doublage versus le sous-titrage aient obtenu des résultats constants, même en utilisant des films de différents genres (comme dans Wissmath, Weibel et Groner 2009Wissmath, Bartholomäus, David Weibel, and Rudolf Groner 2009 “Dubbing or Subtitling? Effects on Spatial Presence, Transportation, Flow, and Enjoyment.” Journal of Media Psychology 21 (3): 114–125.Google Scholar) est quelque peu rassurant bien que non concluant dans ce cas précis.77.Il est aussi important de remarquer que l’étude 1 a fourni des résultats en accord avec de précédentes documentations sur différentes populations (d’Ydewalle et De Bruycker [2007]d’Ydewalle, Géry, and Wim De Bruycker 2007 “Eye Movements of Children and Adults while Reading Television Subtitles.” European Psychologist 12: 196–205.Google Scholar comparant les adultes et les enfants ; Perego, Del Missier et Bottiroli [2015]Perego, Elisa, Fabio Del Missier, and Sara Bottiroli 2015 “Dubbing and Subtitling in Young and Older Adults: Cognitive and Evaluative Aspects.” Perspectives: Studies in Translatology 23 (1): 1–21.Google Scholar reproduisant les résultats avec une population d’adultes plus âgés ; Wissmath, Weibel et Groner [2009]Wissmath, Bartholomäus, David Weibel, and Rudolf Groner 2009 “Dubbing or Subtitling? Effects on Spatial Presence, Transportation, Flow, and Enjoyment.” Journal of Media Psychology 21 (3): 114–125.Google Scholar).

De ce fait, de futures études qui utiliseraient des films du même genre et de la même langue sont nécessaires afin de reproduire les résultats présents et donc d’apprécier la solidité de nos résultats par rapport à la variation de la complexité. Une approche prometteuse consisterait à comparer deux films similaires en tous points mais qui ont une complexité nettement différente (par exemple, deux épisodes d’une même série). Cependant, déterminer le matériel adéquat pour mettre en place ce genre d’expérience peut s’avérer assez ardu. Une autre possibilité pour avoir encore plus de contrôle sur les diverses facettes de complexité ainsi que sur les autres caractéristiques du film est d’utiliser des court-métrages expressément produits pour les études expérimentales. Néanmoins, cette solution est à l’évidence très difficile à mettre en œuvre et aussi très coûteuse.

Une autre orientation de recherche qui vaudrait la peine d’être suivie serait de vérifier si les différences que nous avons observées lors de la comparaison du doublage versus sous-titrage d’un matériel audiovisuel complexe se maintiennent lorsque les téléspectateurs sont habitués au sous-titrage (par exemple, dans les pays où le sous-titrage est de mise). En effet, la familiarité et la pratique pourraient rendre le traitement des sous-titres plus automatique et donc réduire les différences observées. D’un autre côté, les différences pourraient très bien être accentuées du côté des utilisateurs déficients qui ont des ressources cognitives réduites pour le traitement et l’intégration des informations. De plus, l’éventuelle influence sur la réception des différences individuelles des utilisateurs, des habitudes de visionnage, de l’attitude envers les différents moyens de TAV et genres audiovisuels, de la réaction à différentes langues et la complexité des scénarios laissent entendre que l’on doit continuer à analyser et examiner ces facteurs dans de futures recherches.

Par ailleurs, nous avons utilisé dans notre étude une conception de la complexité largement interdisciplinaire comprenant différentes facettes de cette construction, opérationnalisée grâce à divers indicateurs issus de multiples traditions et études (par exemple : Barsam 2007Barsam, Richard 2007Looking at Movies. An Introduction to Film. New York: Norton & Company.Google Scholar ; Lang 1995Lang, Annie 1995 “Defining Audio/Video Redundancy from a Limited-Capacity Information Processing Perspective.” Communication Research 22 (1): 86–115.Google Scholar, 2000 2000 “The Limited Capacity Model of Mediated Message Processing.” Journal of Communication 50 (1): 46–70.Google Scholar ; Lang et al. 1999Lang, Annie, Paul Bolls, Robert F. Potter, and Karlynn Kawahara 1999 “The Effects of Production Pacing and Arousing Content on the Information Processing of Television Messages.” Journal of Broadcasting & Electronic Media 43 (4): 451–475.Google Scholar ; Li 2000Li, Yili 2000 “Linguistic Characteristics of ESL Writing in Task-Based E-Mail Activities.” System 28 (2): 229–245.Google Scholar ; Monaco 2009Monaco, James 2009How to Read a Film. Movie, Media and Beyond. 4th ed. Oxford: Oxford University Press.Google Scholar ; Murphy 2007Murphy, John J. 2007Me and You and Memento and Fargo. New York: Continuum.Google Scholar ; Pavesi 2005Pavesi, Maria 2005La traduzione cinematografica. Roma: Carocci.Google Scholar ; Szmrecsányi 2004Szmrecsányi, Benedikt M. 2004 “On Operationalizing Syntactic Complexity.” In Le poids des mots. Proceedings of the 7th International Conference on Textual Data Statistical Analysis, edited by Gérard Purnelle, Gérard Fairon, and Anne Dister, 1032–1038. Louvain-la-Neuve: Presses Universitaires de Louvain.Google Scholar). La mise en œuvre de la complexité audiovisuelle pourrait être approfondie dans de futures recherches même si d’autres aspects (comme la densité visuelle par exemple) seraient plus difficiles à mesurer. Si l’on utilise cette approche, plus de recherches seront nécessaires afin de faire la lumière sur certains aspects spécifiques de la complexité – qui importent plus pour la réception comportementale des différentes méthodes de TAV – ainsi que sur les mécanismes cognitifs sous-jacents expliquant les effets de la complexité. Dès lors, il serait pertinent d’ouvrir un axe de recherche centré sur la compréhension du rôle relatif de différents aspects de la complexité sur la réception de la TAV ainsi que de l’effet des mécanismes cognitifs de médiation sur la compréhension et la mémorisation. De manière plus générale, une étude sur la complexité des médias d’après une approche multidimensionnelle et empirique – avec comme pilier fondamental la réception cognitive et évaluative de la traduction cible – semble prometteuse en soi.

Enfin, une reproduction complète de nos études à l’aide de l’oculométrie (ou eye tracking) permettrait d’analyser le niveau d’attention porté aux images et aux textes. Cette méthode fournirait moins de données indirectes concernant la façon dont les téléspectateurs traitent réellement les sous-titres. En outre, des enregistrements des mouvements oculaires donneraient la possibilité de vérifier si et comment les stratégies de la répartition de l’attention visuelle varient en fonction de la complexité du film.88.En effet, une étude oculométrique reproduisant une partie des études 1 et 2 a déjà été menée, et elle suggère que les deux techniques sont efficaces et reçues positivement par les téléspectateurs. Cependant, en accord avec les découvertes rapportées dans cet article, les données oculométriques montrent également que le traitement d’un film sous-titré complexe requiert plus d’effort et une lecture accélérée du téléspectateur (Perego, Orrego-Carmona et Bottiroli 2016Perego, Elisa, David Orrego-Carmona, and Sara Bottiroli 2016 “An Empirical Take on the Dubbing vs. Subtitling Debate: An Eye Movement Study.” Lingue e Linguaggi 19: 255–274.Google Scholar). Néanmoins, nos vérifications de la manipulation ainsi que les niveaux de performance observés ont démontré un traitement attentif des films de même qu’un bon niveau de compréhension de la part de nos participants.

En conclusion, en ce qui concerne l’axe de recherche directement suivi dans le présent article, nous avons apporté la première preuve que, dans un environnement sémiotique complexe, la complexité importe dans le débat du doublage versus sous-titrage. De futurs travaux pourraient tirer parti de cette preuve et aller plus loin en ce qui concerne les aspects spécifiques de complexité qui importent, les processus cognitifs sous-jacents qui atténuent les effets et les conditions qui pourraient compenser l’accroissement de la complexité (telle que la familiarité avec la méthode de traduction). Compte tenu de l’indéniable pertinence théorique et appliquée de ces questions, nous nous attendons à ce que les résultats de ces études aient un impact scientifique et sociétal notable.

Remerciements

La préparation de cet article a été soutenue par le Fond de la recherche FRA 2013 de l’Université de Trieste (Towards an empirical evaluation of audiovisual translation: A new integrated approach), octroyé à Elisa Perego. Tous les auteurs tiennent à remercier les participants qui ont pris part aux études.

Remarques

1.Dans ces travaux, lorsque les deux méthodes de TAV étaient comparées, certains mots ou expressions spécifiques étaient toujours correctement mémorisés dans les sous-titres, bien mieux que les mêmes mots et expressions contenus dans le doublage.
2. Coupures : passage d’un plan de caméra à une autre scène introduisant une nouvelle information ; révisions : changement d’un plan de caméra à un autre en restant dans la même scène visuelle ; de tels changements introduisent moins de nouvelles informations qu’une coupure (Lang et al. 2000Lang, Annie, Shuhua Zhou, Nancy Schwartz, Paul Bolls, and Robert F. Potter 2000 “The Effects of Edits on Arousal, Attention, and Memory for Television Messages: When an Edit is an Edit Can an Edit be Too Much?Journal of Broadcasting & Electronic Media 44 (1): 94–109.Google Scholar, 100 ; Lang et al. 2013Lang, Annie, Satoko Kurita, Ya Gao, and Bridget Rubenking 2013 “Measuring Television Message Complexity as Available Processing Resources: Dimensions of Information and Cognitive Load.” Media Psychology 16 (2): 129–153.Google Scholar, 132). Tempo (pacing) : obtenu en divisant le nombre global de coupures et révisions par la durée du film ; ce calcul peut aboutir à quatre niveaux : lent (0 à 7 par minute), moyen (8 à 15), rapide (16 à 23) et très rapide (>24) (Lang et al. 1999Lang, Annie, Paul Bolls, Robert F. Potter, and Karlynn Kawahara 1999 “The Effects of Production Pacing and Arousing Content on the Information Processing of Television Messages.” Journal of Broadcasting & Electronic Media 43 (4): 451–475.Google Scholar ; Lang 2000 2000 “The Limited Capacity Model of Mediated Message Processing.” Journal of Communication 50 (1): 46–70.Google Scholar). Le tempo est généralement utilisé au cinéma pour créer un effet dramatique. Le nombre total de coupures « sert d’indicateur des ressources nécessaires localement (suivant immédiatement le changement de camera) ou globalement en résumant les informations présentées à chaque changement de caméra au cours d’un message » (Lang et al. 2013Lang, Annie, Satoko Kurita, Ya Gao, and Bridget Rubenking 2013 “Measuring Television Message Complexity as Available Processing Resources: Dimensions of Information and Cognitive Load.” Media Psychology 16 (2): 129–153.Google Scholar, 132–133).
3.Ces indicateurs, de même que les coupures, pourraient être liés à la densité visuelle.
4.Comme dans Perego et al. (2010)Perego, Elisa, Fabio Del Missier, Marco Porta, and Mauro Mosconi 2010 “The Cognitive Effectiveness of Subtitle Processing.” Media Psychology 13 (3): 243–272.Google Scholar et Perego, Del Missier et Bottiroli (2015)Perego, Elisa, Fabio Del Missier, and Sara Bottiroli 2015 “Dubbing and Subtitling in Young and Older Adults: Cognitive and Evaluative Aspects.” Perspectives: Studies in Translatology 23 (1): 1–21.Google Scholar, et afin de s’assurer que la compréhension de chaque vidéo dépende uniquement des sous-titres (versus des dialogues parlés), aucun des participants ne connaissait la plage verbale des deux vidéos sous-titrées. Bien que les bandes son en anglais avec des sous-titres dans la langue locale soient plus communes, nous avons décidé d’éviter cette situation afin de contrôler une variable potentielle, sérieusement perturbatrice (c’est-à-dire la connaissance de l’anglais). Toutefois, bien que l’analyse de l’interaction entre un langage légèrement connu et des sous-titres ne soit pas abordée ici, elle semble être une question intéressante pour de futures recherches. Par conséquent, la seule information auditive compréhensible provient des éléments de communication paralinguistiques et extralinguistiques de la communication verbale, qui ont probablement été correctement traités, comme le montrent les tests de compréhension et de mémoire des deux études.
5.Même en faisant la comparaison doublage versus sous-titrage, les résultats de l’analyse corrélationnelle ont été confirmés : des analyses régressives n’ont montré aucune interaction notable entre les conditions et les scores du CPM ou encore entre les conditions et le test de vocabulaire.
6.Comme dans l’étude 1, les résultats des analyses de régression avec des conditions de doublage versus sous-titrage comme indicateurs (ainsi que les interactions avec les scores CPM et tests de vocabulaires) ont confirmé les résultats de l’analyse corrélationnelle, à une exception près. Un score CPM significatif sous condition d’interaction a été trouvé au niveau de la scène visuelle de reconnaissance (β = 2.08, t = 2.08, p = 04), démontrant que les scores CMP supérieurs résultent dans une meilleure performance au niveau de la reconnaissance visuelle de la scène uniquement dans le cas du sous-titrage.
7.Il est aussi important de remarquer que l’étude 1 a fourni des résultats en accord avec de précédentes documentations sur différentes populations (d’Ydewalle et De Bruycker [2007]d’Ydewalle, Géry, and Wim De Bruycker 2007 “Eye Movements of Children and Adults while Reading Television Subtitles.” European Psychologist 12: 196–205.Google Scholar comparant les adultes et les enfants ; Perego, Del Missier et Bottiroli [2015]Perego, Elisa, Fabio Del Missier, and Sara Bottiroli 2015 “Dubbing and Subtitling in Young and Older Adults: Cognitive and Evaluative Aspects.” Perspectives: Studies in Translatology 23 (1): 1–21.Google Scholar reproduisant les résultats avec une population d’adultes plus âgés ; Wissmath, Weibel et Groner [2009]Wissmath, Bartholomäus, David Weibel, and Rudolf Groner 2009 “Dubbing or Subtitling? Effects on Spatial Presence, Transportation, Flow, and Enjoyment.” Journal of Media Psychology 21 (3): 114–125.Google Scholar).
8.En effet, une étude oculométrique reproduisant une partie des études 1 et 2 a déjà été menée, et elle suggère que les deux techniques sont efficaces et reçues positivement par les téléspectateurs. Cependant, en accord avec les découvertes rapportées dans cet article, les données oculométriques montrent également que le traitement d’un film sous-titré complexe requiert plus d’effort et une lecture accélérée du téléspectateur (Perego, Orrego-Carmona et Bottiroli 2016Perego, Elisa, David Orrego-Carmona, and Sara Bottiroli 2016 “An Empirical Take on the Dubbing vs. Subtitling Debate: An Eye Movement Study.” Lingue e Linguaggi 19: 255–274.Google Scholar).

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